Lectures Françoise

5/11/2026

CR Atelier Lectures MGEN lundi 26 Octobre 2026

Nous étions tous fidèles au RV, même pendant les vacances.

« Nous aussi » Anne Godard (Actes Sud ) Prix Décembre 2026

Nous sommes plusieurs à nous être laissé séduire par ce roman qui met en scène « les mécanismes du déni collectif » au sein d’une famille bourgeoise parisienne. Surtout l’utilisation répétitive du « on » nous a paru originale et intelligente pour dépeindre un clan qui repousse toute prise de conscience individuelle. Que devient un adolescent, à qui on interdit de dire « je » ? Et dont la parole pourrait dévoiler ces « choses qu’on ne dit pas » !!!

L’enthousiasme de la critique littéraire nous a confortés dans l’idée que le style est plus important que l’histoire. Or dans notre groupe, certains y ont vu un procédé si lourd qu’ils ont eu de la peine à lire ce roman et même si la distance créée par le « on »intéresse, le style haché des phrases courtes le rend «  peu agréable » à lire !

Deux points de vue parfaitement opposés ! Cependant nous nous sommes accordés pour reconnaître l’émotion contenue dans ce récit de la défenestration d’un adolescent. Pourquoi ? On cherche des raisons. Peut-on parler de permissivité ou d’aveuglement des parents ? S’agit-il d’une époque plutôt que d’un milieu ? Et puis remontent les souvenirs de ces jeux troubles entre le cousin, le frère et la sœur…

Reste que ce roman construit sur une prouesse stylistique dresse un portrait accablant de ce clan bourgeois et pose la question du poids de l’héritage familial et culturel dont chacun se découvre dépositaire.

Unroman important. A lire.

« Pourque chantent les montagnes » Nguyen Phan Qué Mai (Poche Point)

Ceroman nous rend compte d’un siècle de l’Histoire du Viet Namà traversle récitdouloureux de la vie d’une famille.

Le personnage principal est la grand-mère de Huong. Elle est née dans une riche famille de propriétaires terriens du centre du pays. Elleva devoir faire face aux bouleversements liés à la guerre et à la révolution.

Laguerre contre les envahisseurs français, américains, japonais. Et les Vietnamiens entre eux. Mais aussi la grande famine, la réforme agraire, les camps de rééducation, la pauvreté…Trois millions de morts ! Sept millions de bombes lâchées sur le peuple. Le lecteur est parfois submergé par tant de souffrance.

Cette femme n’abandonnera jamais, même dans les moments les plus sombres. Elle est une des seules à dénoncer la propagande etl ’embrigadement communistes. Malgré tous les dangers, elle assure la survie financière de sa famille, faisant le vide autour d’elle. Et elle attend le retour des siens, ses frères, ses enfants, tous tragiquement impactés par la guerre.

C’est sa petite fille qui raconte. Le récit alterne entre le présent des années 72 à 80 et le passé de la grand-mère dans les années 30.Même si ce procédé oblige à resituer les évènements dans le temps, il permet de faire ressentir  l’accumulation de malheurs sur le peuple vietnamien.

Une lecture intéressante pour connaître la réalité historique et partager le message d’appel à la Paix qu’elle véhicule.

Nos coups de cœur :

La lumière qui nous reste Chris Whitaker Sonatine éditions

Dans une petite ville de l’Alabama, plusieurs jeunes filles ont disparu depuis un an sans être jamais retrouvées. La jumelle de la dernière disparue décide alors de partir à sa recherche aidée de deux de ses amis.

Déjàconnu et apprécié pour ses deux précédents ouvrages :« Duchess » et « Toutes les lumières de la nuit »,Chris Whateker nous propose ici une forme de thriller à la fois« noir et lumineux » sur l’adolescence et l’amitié.Mais il composesurtout la photographie d’une société engluée dans ses exigenceset ses contradictions et entraine le lecteur dans une empathie forteavec les personnages principaux à la psychologie bien cernée.

Initialement publié en anglais en 2017, ce roman n’a été traduit en français que cette année…

Herbier du souvenir Jean-François Beauchemin

Un ouvrage qui fait suite à celui de 2022 : « Le Roitelet » qui a connu un beau succès international.

Le narrateur est en deuil de ce frère tant aimé, atteint d’une lourde schizophrénie mais doté d’une intelligence exacerbée et d’un amour sans limite de la poésie.

Deux ans après sa disparition, et même s’il n’est plus présent physiquement, le narrateur ressent toujours le rayonnement mental de sa personnalité, qui ne cesse de l’accompagner, surtout dans la remémoration des moments partagés qui s’imposent telles les plantes d’un herbier autrefois récoltées et répertoriées en commun.

De son écriture toujours très poétique, Jean François Beauchemin sait nous faire ressentir ces moments de joie retrouvée, au travers d’un chagrin apaisé, qui atténuent sa peine et l’aident à la transformer en sérénité nouvelle et enrichie.

Un beau texte souvent mélancolique et très émouvant.

Le fondateur         Giuliano da Empoli Gallimard

Ce nouveau récit de Giuliano da Empoli n’a pas vraiment convaincu…Jugé trop lourd, confus dans ses démonstrations et très inquiétant quant à notre avenir tant les politiques mis en scène apparaissent privés de tout pouvoir de décision face aux géants des nouvelles technologies ayant acquis une absolue suprématie dans toutes les décisions … Ouvrage à la fois sombre et effrayant…

Eté Edith Wharton        P.O.L. poche

Dans un petit village de la Nouvelle Angleterre, une jeune fille d’origine très modeste, est recueillie très tôt par un avocat au comportement parfois brutal. Elle fait un jour la rencontre d’un jeune architecte, rencontre qui, croit-elle, va pouvoir changer sa vie…

Bien loin d’être uniquement un roman sentimental, « été »se révèle le récit d’une tentative – hélas non concluante ! –d’émancipation féminine…

Roman très « détonnant » au moment de sa parution(1917), qui créa un vrai scandale et fut comparé alors à « MadameBovary ».

Quarantaine           Peter May       Babel noir

Dans ce récit, Londres subit une violente épidémie de grippe aviaire qui décime sa population et contraint la capitale anglaise à de sévères décisions pour protéger sa population, et à un isolement drastique face au reste du monde.

Ecrit en 2005 et refusé alors par les éditeurs le jugeant trop invraisemblable, ce thriller, prophétique s’il en est, sera enfin publié quinze années plus tard et traduit en français en 2021alors que la pandémie de Covid-19 a déjà frappé de nombreuses régions du monde….

Un roman dans la veine de la « trilogie écossaise » de l’auteur (« L’ile des chasseurs d’oiseaux » » ;« L’homme de Lewis »; « Le braconnier du lac perdu »)récemment complété par « Loch noir » paru en 2025 en français aux éditions Rouergue Noir.

Roman prenant et curieusement visionnaire de Peter May, décédé le 25septembre dernier, qui avait acquis la nationalité française en2016 et résidait en famille dans le sud de la France.

Anima Wadji   Mouawad Actes Sud

Un homme rentre chez lui et trouve son épouse sauvagement assassinée. Il décide de partir à la recherche des assassins dans un long périple…

Roman qui emploie, en son temps (2012), un procédé narratif inédit puisqu’il raconte cette quête à travers le point de vue et la sensibilité des commentaires successifs de nombreux animaux dont un loup qui tient une place centrale dans le récit.

Ce qui donne à ce roman noir, à l’ambiance lourde et sombre, un impact assez inoubliable sur l’appréciation du lecteur, même si la violence exposée est parfois difficile à supporter…

« Les grues volent vers le sud » Lisa Rizen  ( éd La Peuplade )

(Se reporter au CR précédent )

« Juste la beauté fragile des derniers jours, les derniers battements d’une vie ordinaire ». Bien sûr, il y a les douleurs physiques, les oublis, la fatigue, mais aussi les bons moments comme l’odeur d’un foulard…

Un texte qu’on ne peut lire sans penser à nos proches. Tout devient émouvant …On aime Bô. On s’identifie à son fils…

« Les malarazza » Ugo Barbara ( éd Poche )

Cette saga familiale et historique démarre en 1860, près de Palerme, à l’époque de Garibaldi. La pauvreté, la dureté du travail et la violence politique et sociale décident Antonio Montalto à s’embarquer pour New York avec sa famille. Il souhaite s’enrichir dans le commerce. Mais bientôt survient la guerre de Sécession…

Un roman fleuve qui suit le parcours de différents personnages et leur évolution … et captive le lecteur.  

« L’autre moi »  Frank Tilliez (éd. Fleuve noir )

Très bon thriller psychologique !

Après un terrible accident qui a coûté la vie à son enfant et laissé de lourdes séquelles physiques et psychologiques, Sibylle s'installe avec son compagnon Erwann à Longepin, une base ultra-secrète isolée dans la forêt de la Grande Chartreuse. Tandis qu'Erwann travaille sur des recherches en neurosciences, Sibylle est confrontée à des cauchemars de plus en plus réalistes et à une mémoire fragmentée. Peu à peu, elle ne parvient plus à distinguer ce qui relève du rêve ou du souvenir et s'interroge. (…)

Voici un thriller oppressant, qui se lit en apnée.

RV pour la prochaine séance le 23 Novembre 2026  à 14h30 :

A lire :    « N’effacepas nos cercles »  Emma Marsantes  (éd. Verdier )

Bonne lecture !

‍

À lire aussi...

Voir toutes les publications